Quelques minutes après avoir émergé de la station de métro Ottaviano, je déambule le long de la Via di Porta Angelica. Au bout d'un instant, me voilà devant un immense portail de fer forgé derrière lequel se tiennent trois gardes suisses dans leurs uniformes aux rayures multicolores semblant sortis tout droit de la commedia del arte. En fait, je m'apprête à pénétrer dans le plus minuscule État du monde; le Vatican.
D'une superficie d'à peine 50 hectares et comptant moins de 600 citoyens permanents, ce pays dirigé par le pape émet ses timbres postes, puplie chaque jour l'un des quotidiens les plus influents de la planète, l'Osservatore Romano et peut se vanter de recevoir davantage de touristes per capita que n'importe quel pays. Et pour cause car le Vatican renferme d'innombrables trésors dont la chapelle Sixtine, l'incomparable basilique Saint-Pierre, des jardins luxuriants et des musées dont les collections peuvent rivaliser avec le Louvre, l'Hermitage ou le Prado.

La chapelle Sixtine
On a beau lire et se documenter avant le départ mais, très franchement, cette fois j'ai été déjoué. Je n'avais pas imaginé jusqu'à quel point il est compliqué d'atteindre la chapelle Sixtine. D'abord, il faut payer son droit d'entrée valable pour l'ensemble du complexe portant le nom de «Musées du Vatican». Par la suite, il faut marcher une heure dans le véritable labyrinthe formé par les couloirs de plusieurs anciens palais reliés les uns aux autres, dont ceux des Borgia et des Médicis. Un système de visite à sens unique permet d'éviter que les visiteurs ne se perdent dans ce dédale de 1 400 salles ! Il faut parfois jouer du coude et l'on pourrait parler d'un véritable chemin de croix en raison de la foule compacte qui se presse chaque jour pour voir la plus courue des attractions du Vatican et même de Rome : la chapelle Sixtine dont les fresques réalisées par les plus grands artistes de la Renaissance ne cessent d'éblouir les visiteurs.

Une collection de chefs-d'œuvre
Dans la chapelle Sixtine, les regards sont inexorablement attirés vers le haut, vers cette voûte aux fresques éblouissantes réalisées par Michel-Ange entre 1508 et 1512. À l'origine, elles ont été commandées dans un but précis en 1481 par le pape Sixte IV. L'ensemble, une fois terminé, devait permettre d'affirmer l'autorité papale, alors contestée, en établissant un lien direct entre la fonction de chef de l'Église et Dieu. Par exemple, sur l'un des tableaux, on voit le Christ remettant les clés à saint Pierre, prouvant ainsi que le pouvoir temporel et spirituel a bel et bien été transféré à saint Pierre dont les papes sont officiellement les successeurs. La partie centrale de la voûte représente neuf histoires de la Genèse, relatives aux origines de l'univers, de l'homme et du mal. L'une des plus célèbres scènes de cette succession de tableaux demeure la Création d'Adam. Il y a aussi sur l'un des murs la grande fresque du Jugement Dernier exécutée également par Michel-Ange entre 1536 et 1541 montrant le Christ entouré de saints, d'élus et de ressuscités. La plupart des personnages sont nus ce qui suscita dès le départ de violentes réactions. Un dignitaire du Vatican a même écrit que «ce n'était pas une œuvre digne de la chapelle du Pape mais de sudatoires et de tavernes».

Il ne faut pas manquer les quatre chambres dites de Raphaël qui faisaient partie de l'appartement situé au deuxième étage du Palais Pontifical. Le pape Jules II (1503 à 1513) en avait fait sa résidence de même que ses successeurs. La décoration picturale fut réalisée par Raphaël et ses élèves entre 1508 et 1524. En plus du Musée Égyptien, du Musée d'histoire du Vatican et du Musée Ethnologique, une visite au Vatican ne serait pas complète sans la visite de la Pinacothèque qui présente une rétrospective inouïe de la peinture italienne à travers 460 toiles de grands maîtres.

La basilique Saint-Pierre
La colossale basilique Saint-Pierre ne laisse personne indifférent. J'ai appris lors de ce voyage des choses qui m'ont fait dresser les cheveux su la tête. D'abord on a prélevé d'innombrables blocs de marbre sur le Colisée de Rome pour sa construction. Pire encore, afin de réaliser les colonnes torsadées de 20 mètres soutenant le baldaquin au-dessus de l'autel, le pape Urbain VIII a fait arracher et fondre les magnifiques plaques de bronze du portique du Panthéon, une des rares œuvres d'art que les Barbares eux-mêmes avaient épargné lors de la prise de Rome en 410. Cette profanation valu au pape des mots peu flatteurs de la part de la population... Il n'en demeure pas moins qu'en entrant dans la basilique, plusieurs choses vous étonnent. D'abord sa taille, puis la beauté de l'ornementation et enfin cette étrange lumière dorée qui atteint tous les recoins du temple. La basilique renferme elle aussi de véritables trésors dont la Pietà de Michel-Ange, sculptée en 1499 par l'artiste alors âgé de 25 ans. Ce marbre nous fait voir le Christ à peine descendu de la Croix reposant sur les genoux de la Vierge au visage encore juvénile. On dit que craignant de voir son œuvre attribué à un autre sculpteur, Michel-Ange se serait introduit de nuit dans la basilique pour y graver son nom...
Ce reportage a été réalisé avec la collaboration de la compagnie aérienne SWISS.
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