Son honneur le jazz, bien servi par Evans

 Publié le dimanche, 04 septembre 2011 01:12 - par Laurent Leblond
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Ce samedi soir, trois spectacles de textures fort différentes ont pu être vus par de nonbreuses personnes.

À la Coudée, l'hommage à Bill Evans était incontournable. (Photo Laurent Leblond)

Desjardins-TELUS accueillait au moins 500 personnes pour Bet.e, le chapiteau était rempli à craquer pour Bran Van 3000 et la Coudée débordait pour l’hommage à Bill Evans, avec le quartet de François Bourassa.

Si vous me le permettez, je vais commencer par le magnifique hommage des Bourassa, Lozano, Donato et Tanguay au grand pianiste et compositeur Bill Evans, à la Coudée, effervescente et pleine d’amateurs manifestement ravis de retrouver les notes du pianiste. Le contrebassiste Michel Donato a joué avec Evans, en 1977, quelque temps avant son décès, en 1980.

J’ai quitté au moment de « Five », alors que le quartet livrait une autre belle pièce du pianiste, respecté par l’inspiration et le phrasé par François Bourassa, autre pianiste qu’on n’a pas vu souvent au Festi Jazz et qui a fait le tour du Canada avec cet hommage, encensé par les critiques.

Bourassa n’a pas ménagé les improvisations dans une mesure éclatée, éclatante et d’une virtuosité qu’on lui reconnaît avec plaisir. Ce fut le cas, ce samedi, où le public n’a pas manqué de manifester son accord à ce qu’il entendait.

Le saxophoniste Frank Lozano, qui expliquait les données, a félicité les bénévoles et les organisateurs, comme les Rimouskois, pour cette belle fête du jazz. Il lui a aussi bien rendu grâce, par des interprétations fort justes, doublées d’intonations sulfureuses, à l’aigu parfois étonnant, mais aux intentions non dissimulées de livrer ce qu’il avait à livrer.

Au moment du « Days of wine and roses », les quatre complices ont su se donner la réplique avec une belle façon, autant pour la suite d’Evans, « Too lonely people », portée avec une belle vivacité et profondément ancrée dans la version Evans, tout en conservant son identité propre.

Donato est pareil à lui-même. Solide aux accords et aux rythmes, il sait faire vibrer, c’est le cas de le dire, son instrument, tout en lui donnant des impulsions et des variations bien senties.
Avec l’expérience et le bagage qu’il possède, ce contrebassiste ne manque jamais à l’appel quand c’est le temps. Discret, juste assez, mais à l’avant-plan quand il le faut, il a démontré le registre de son talent, entre autres à l’interprétation d’une reprise d’un titre du trio d’Evans, voué à l’instrument.

Quant à Pierre Tanguay, un batteur trop discret, il a quand même assumé sa tâche avec élégance, sans trop de fla-flas, mais d’une façon soutenue. Dans la mesure du temps, quoi. J’ai moins apprécié son usage abusif des balais, approche qui ne rend pas toujours justice au thème ou à l’impro du moment. La complicité acquise avec le contrebassiste m’est parfois apparue un peu distante.

Un seul regret. J’aurais aimé, juste pour « voir », entendre la version du quartet de « So what », titre épique de l’album « Kind of Blue », qui a en quelque sorte lancé Evans. Évidemment, il n’y avait pas samedi le personnel requis, en nombre, mais c’aurait été intéressant d’en entendre un extrait. À moins qu’il ait été donné après mon départ…

Bet.e a donné un spectacle un peu inégal, souvent assuré. (Photo Laurent Lenlond)
Avant ce superbe moment, c’était le spectacle de Bet.e à Desjardins-TELUS.

Reconnue pour ses interprétations à la saveur latine, cette chanteuse a proposé un show continu, un peu inégal, et parfois forcé.

Soutenu par trois excellents musiciens (Paul Audy à la guitare, Alain Basoulis à la contrebasse et Daniel Bellegarde aux percussions), Bet.e a livré ses choix (« C’est nous qui décide », qu’elle a dit), devant une salle bien remplie et qui répondait bien aux attentes, celles de la chanteuse comme les siennes, pour livrer des interprétations dont certaines indiquaient manifestement qu’elles n’étaient pas de son registre.

Sa voix, parfois mal assurée, n’a pas entre autres rendu honneur à la chanson de Billie Holiday, qui a manqué de tonus, à un point que la chanteuse a avoué, qu’en jazz, une interprétation d’une telle mélodie n’est jamais pareille. La différence était marquante. On peut lui pardonner la chose, parce que l’accompagnement était solide.

De fait, du contrebassiste Basoulis, toujours au diapason et aux intonations marquées, autant à la contrebasse acoustique qu’électrique, au guitariste Audy, improvisateur assez éclectique, en passant par Bellegarde, percussionniste de belle tenue (qui a fait une pub assiette-couteau pour le Bistro-pub Chez Saint-Pierre), le support des complices a permis à Bet.e de trouver sa voie, et sa voix, dans les chansons latines, celles de Jobim, entre autres, une « moins connue » mais bien ajustée, et les offres latino-américaines de la fin du show, offrant au public une belle occasion de marquer le rythme. Il était ravi.

Quand Bet.e a proposé « I’ve got you under my skin » en couleur latine, ce fut une belle approche, sans pour autant me convaincre de la pertinence du choix. Il est vrai que, lorsqu’on s’attache à la version Sinatra, la marche est haute…

Elle a aussi livré un hit de Peggy Lee, « Why don’t you do right? », en forme jazz, pas toujours convaincante.

Bref, un show de qualité variable, par une artiste qui semblait un peu dépassée, qui a donné de fort bons moments, en version latino-américaine, et qui devrait peut-être s’y limiter. Quand la mélodie exige une justesse du ton, d’émotion, la livraison est parfois ardue, sinon… hors-tons…

Bran Van 3000: un spectacle... explosif. (Photo Laurent Leblond)
Enfin, je suis allé faire un tour au chapiteau pour entendre, que dis-je, vibrer (la sono était d’une lourdeur parfois accablante), à « Bran Van 3000 », avec 12 musiciens et choristes. Du hip hop, du rap revendicateur, des musiciens campés (un batteur et un saxophoniste entre autres d’une assurance égale et solide).

De la musique qui monte fort, appréciée au plus haut point par une foule conquise et fort importante, dans une série de coups de tempo pas à conseiller pour les cardiaques.    
 
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